Interview de GUIZMO

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Guizmo, Guiz la banquise ou encore Gremlins, les trois blazes d’un boulimique du rap qui après « Normal » et « La Banquise » a sorti son troisième album « C’est Tout », un an et demi après le premier.

Du haut de ses 21 ans l’ovni du rap nous vient de Villeneuve-la-Garenne, le regard et l’oreille tournés vers le futur mais attentifs au passé, il est capable de parler nostalgiquement d’une époque qu’il n’a pas connue, en s’en inspirant de bout en bout.

Pour la sortie de son troisième album Guizmo a accepté de répondre à nos quelques questions, histoire de mieux comprendre le personnage.

Street Rules : Pour pleins d’artistes au commencement, quand on est jeune, c’est dur de trouver un style propre, le chemin dans lequel on veut aller. Comment à 21 ans es-tu arrivé à passer ce cap?

Guizmo : « J’ai eu une chance de commencer à écouter du son et du rap beaucoup plus tôt que mes confrères, donc du coup je dispose de pleins de choix musicaux ou rythmiques qui me sont propres, parce que ce sont des trucs qui se créent dans ma tête depuis des années et des années. Ça vient de là, d’avoir tout le temps écouté du son et de tout le temps avoir aimé ça, d’avoir baigné dedans : ce n’est pas on m’a mis un casque sur la tête et on m’a dit écoute ! Le son passait chez moi comme ça en permanence. »

S.R : Donc en fait les inspirations jazz, funk, soul et pop que l’on trouve dans ton rap, elles viennent de ta famille ?

G : « Exactement, tu sais j’ai grandi dans un quartier où ça pouvait être un peu dangereux de traîner le soir, donc à partir de 19 heures quand tu rentres chez toi, ta famille ça devient tes meilleurs amis. J’ai un petit frère on a un an de différence, c’était mon meilleur pote, on a fait les quatre cents coups ensemble, on s’est même retrouvé dans la même classe au lycée, c’est vraiment des influences fortes. Même les plus petits de chez moi, mon tout petit frère il a dix ans, il écoute des trucs que je ne connais pas, mais j’écoute quand même, parce que c’est comme ça à la maison tout le monde à la musique à fond. »

S.R : Quelles sont tes références ? 

G : « J’écoutais pleins de trucs, j’avais un grand frère qui écoutait beaucoup Lunatic et un peu de rap de Marseille, comme les premiers albums des Psy 4. Par la suite je me suis renseigné sur d’autres sons et j’ai kiffé un truc totalement différent de lui, enfaîte lui il aime beaucoup les gros lyricistes, les gens à qui on prête cette réputation de lyricistes de dingues, mais pas forcément techniques dans les structures de rimes. Et j’ai découvert des mecs qui étaient dans le même créneau mais plus basé sur le flow, la technique. Je te parle de trucs un peu plus anciens comme Mc Solar et j’ai dérivé sur le même style de rimes mais sur des instrus un peu plus Queens, un peu plus New York avec des mecs comme Grodash que je trouvais super bon à l’époque d’Ultimatum, qui faisait rimer les six, sept syllabes, c’était complètement ouf à l’époque, avec des flow dangereux de fous. Y’avait aussi Sinik et toute cette équipe du 91, Nubi super ouf aussi, Ol Kainry, Disiz à l’époque de « Jeu de Société », vraiment l’école du 91.

Ce qui m’ont fortement inspiré par rapport à ma schématique de rimes et par rapport à l’interprétation des morceaux et du flow sont incontestablement Les Sages Po’ et Salif pour son album « Tous ensemble chacun pour soi » que je connais presque par cœur d’ailleurs. Enfin je suis vraiment inspiré par l’école de chez moi, par des mecs comme Zoxea que je considère comme un tonton, que je connais très très bien, et avec qui on s’invite souvent sur des radios. Ce sont des anciens qui gardent le mouvement en vie et que je respecte énormément parce qu’ils savent encore rapper. »

S.R : « Normal », « La Banquise » et maintenant « C’est tout », un album tous les six mois, c’est plus un « ego trip » ou tout simplement un défi que tu t’es lancé ?

G : « A la base c’est un ego trip mais après c’est vite devenu un mode de vie, parce que c’est du travail constant et que quand on a commencé il faut si tenir. Au début c’était un peu pour fanfaronner et après c’est devenu sérieux. J’ai été présomptueux pour vouloir tenir ce rythme pour quatre ans, mais il faut voir… »

S.R : On imagine qu’il faut être productif pour produire un album tous les six mois, tu t’y prends comment ? Tu as une technique particulière ?   

G : « Je n’ai pas de technique particulière, j’ai une grande chance c’est de pouvoir m’inspirer de tout, le moindre petit truc devient une source d’inspiration. L’actualité m’inspire beaucoup mais ce n’est pas forcément des trucs dont je vais parler, parce que je pense qu’il faut quand même une certaine délicatesse pour le faire. Je suis assez rentre dedans, même si on peut retrouver une certaine finesse d’esprit dans ma manière de tourner mes phrases, mais je suis quand même assez cru pour aborder les sujets et je n’ai vraiment pas envie d’écorcher des choses que des gens vivent au quotidien, pour faire une chanson qui va simplement toucher certaines personnes. »

S.R : Quelle est pour toi l’évolution marquante de ton premier album « Normal » à ton dernier album « C’est tout » ?

G : « Je dirais les thèmes. C’est quelque chose que j’avais du mal à faire parce que « Normal » j’avais déjà tout l’album dans la tête, tous les refrains, tous les textes… La production n’a pas changé, je fais ça au feeling. »

S.R : On sent toujours ce côté un peu « old school » en toi et dans ta musique, notamment avec le morceau « Hip Hop » extrait de ton dernier album. Ça représente quoi pour toi cette époque ?

G : « Ça représente quelque chose qui n’existe plus. De la nostalgie pour une époque que je n’ai pas connue. C’est pour ça que j’essaie de le perpétuer avec des morceaux authentiques sur des beats comme « Hip Hop ». »

S.R : Tu fais partie de cette génération de jeunes rappeurs qui a insufflé un vent nouveau sur le rap français. Comment te ressentais-tu par rapport à l’ancienne génération (Booba, La Fouine,…) ?

G : « Je me suis jamais vraiment statué, je voulais être artiste peu importe la génération, peu importe les écoles, je voulais juste faire mon son, être Guizmo. Je ne voulais pas faire partie d’une nouvelle génération ou détrôner un tel. »

S.R : Tu le vois comment le rap dans les années à venir ?

G : « Imprévisible, personne ne peut le dire. Si en 95 on aurait dit qu’en 2002 on fera que du rap technique et en 2009 y’a une équipe de petit qui va revenir avec du rap à l’ancienne. Le flambeau est aux mains des générations suivantes. »

S.R : La suite, un album dans 6 mois ?

G : « Surprise ! »

S.R : Le morceau de la fin.

“Meek Mill – Love Don’t Live Here”

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