STREET RULES

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Interview: Un dernier jour avec Fuzati/ Klub des Loosers

  • Publié par Louis le 05/29/2013

klub-des-loosers-last-days À l’occasion de la sortie du dernier album du Klub des Loosers, on est allé à la rencontre de Fuzati, gardien du Klub.

Le 13 mai dernier sonnait la sortie de « Last Days », dernier opus du Klub des Loosers, nous racontant au travers d’un album instrumental gouverné par un dialogue mystérieux, les derniers jours d’un homme cerné par la musique et d’autres substances. Une expérimentation musicale étape par étape de ces derniers jours, reflet d’une période de la vie de l’artiste.

Un album de 20 titres en sort : Fuzati nous raconte.

Street Rules: « Last Days, soundtrack for an imaginery movie », c’est l’histoire de quoi ?

Fuzati: C’est l’histoire d’un mec qui est obsédé par le fait de faire de la musique et qui est dans l’expérimentation musicale et qui en même temps se drogue beaucoup. Il arrive dans un hôtel avec ses machines, il se met à faire de la musique de manière assez compulsive et il tombe amoureux de sa logeuse aussi. Il finit par faire un arrêt cardiaque à force de prendre des substances.

Tu fais un rapport entre cette histoire est une époque de ta vie ?                                                            

Complètement, en fait c’était une époque de ma vie ou j’avais plus du tout envie de rapper, mais je continuais à faire de la musique, je me suis dit que j’allais utiliser des dialogues pris sur des disques et les détourner pour re-raconter une histoire. Donc je rappais pas, mais je continuais à raconter des trucs, et c’est exactement ça, c’était une période de ma vie où j’étais obsédé par faire de la musique tous les soirs, tous les soirs… Je faisais de la musique et je prenais aussi diverses substances, j’ai tenu ce rythme-là pendant 2 ans et demi, 3 ans, et j’ai fini par aussi avoir des gros problèmes cardiaques.

Pourquoi le choix d’un album « exclusivement » instrumental pour faire ressentir ça?

Les gens ont l’impression de me connaître qu’en tant que MC, mais en fait c’est moi qui produis toutes les instrus du Klub des Loosers depuis le départ, donc ça fait quinze ans que je suis producteur, donc parfois je fais des albums où je rap, et parfois vu que je suis aussi producteur je fais des albums de producteur. De la même manière les deux albums que j’ai faits du Klub des 7 étaient aussi des albums de producteurs sauf que là j’ai invité des rappeurs, mais pour moi c’est pas comme si je faisais quelque chose de radicalement différent, c’est une autre facette de mon travail.

Et comment tu arrives à jongler entre ton masque de MC et ton masque de producteur ?

Je jongle pas en fait, parce que je suis tout le temps en train de faire de la musique, donc au final je me dis pas tien d’un coup je vais faire un album de beats ou tien je vais écrire des trucs. Par exemple les punchlines c’est des trucs qui vont m’arriver comme ça et je vais les noter sur une feuille et je vais mettre ça de côté et les instrus, de la musique, j’en fais vraiment tous les soirs, donc c’est un processus permanent.

[…] quand tu fumes plein plein de joints t’as l’impression […] que ce que tu fais c’est absolument génial, le lendemain tu réécoutes et c’est pourri.

Est-ce que les substances que tu prenais stimulaient ta musique ? 

Non pas du tout c’est des conneries ça. Enfin ça stimule pas la musique du tout, c’est pour se détendre, je suis quelqu’un d’assez nerveux donc je prenais plus des trucs pour me détendre, des espèces de cocktails tranquillisants avec des médicaments, des trucs qui te mettent dans des états assez second. Mais non non, ça aide pas du tout à produire, c’est des conneries, de même quand tu fumes plein plein de joints t’as l’impression de ressentir la musique super forte, et quand tu fais des boucles tu vas croire que ce que tu fais c’est absolument génial, le lendemain tu réécoutes et c’est pourri.

Je trouve que la drogue peut aider à écouter la musique de manière un peu différente puisque tu vas te focaliser sur certains détails et que ça peut être de bonnes expériences d’écoutes, mais ça n’a jamais aidé je pense personne à créer. C’est un peu un mythe avec ça, mais moi je n’ai jamais rien fait de bien en étant défoncé.

Quel a été le rôle de Detect sur cet album ?                                                                                                    

Non du tout, mais en fait Detect, je le mets sur toute les photos et tout, mais il est ingénieur du son, et il est Dj sur scène. Mais il n’a jamais rien fait d’autres pour Klub des Loosers et il n’a jamais produit un beat pour Klub des Loosers. Je suis producteur depuis le départ, et Detect je lui emmène les morceaux pré mixés, et lui mix les morceaux : son rôle d’ingénieur du son. Mais il est important parce que lui connaît le certain grain, la certaine chaleur dans le son que j’ai envie d’avoir. Et lui a compris ma manière de travailler, donc j’ai pas besoin de lui expliquer pendant trois heures quels grains je veux avoir. Il est là vraiment pour la texture sonore mais pas créative.

Entre 2006 et 2013, 7 années sont passées, pourquoi as-tu mis autant de temps à sortir ce disque ?

Parce qu’au départ c’est un disque que j’ai fait pour moi, y a plein de musiques que je fais pour moi sans forcément dire que je vais la klub-des-loosers-last-dayssortir, j’en ai plein de disques qui sont prêts et je trouvais que ce disque avait bien vieilli. Je le faisais écouter à des potes souvent quand ils venaient et ils me disaient qu’ils aimaient bien ce projet, ils m’en parlaient etc… Au final je me suis dit, tien pourquoi pas le sortir. Je l’ai pas sorti avant parce qu’avant j’étais sur Klub des 7, j’ai fait deux albums de Klub des 7, j’ai fait Spring Tales, et après je me suis dit il faut quand même que je donne une suite à « Vive la vie », et si j’avais sorti encore un album instru les gens auraient peut-être dit « ouai ça suffit ».

Le dialogue est-il une pièce maitresse de l’album?

Tous les dialogues sont pièces maitresses, tous les dialogues racontent une histoire, c’est pas juste un dialogue pour faire joli, donc oui c’est la pièce maitresse de l’album au sens où ça te raconte une histoire.

Tu es habitué à sortir des albums en français, pourquoi en anglais cette fois-ci ?  

Je parle anglais mais je suis français et je vais pas faire comme tous ces mecs de la pop à chanter en anglais alors qu’ils sont français, c’est un peu débile. Mais là en l’occurrence quand tu fais de la musique c’est universel, là j’ai la chance de pouvoir faire un album universel donc je mets les paroles en anglais, il sort au Japon aussi, je vois pas pourquoi je me limiterais à la France.

Au niveau de la production tu t’es servi de quels instruments pour cet album?

Alors sur cet album j’ai utilisé comme sampler la MPC 2000 xl, en synthé le Minimoog, en piano électrique j’ai utilisé un Fender rhodes, après j’ai utilisé aussi pas mal d’autres boîtes à rythmes, ainsi qu’un Korg Sygma, plus d’autres trucs.

 La dernière chose à faire le dernier jour selon toi ?

Je pense que je boirais beaucoup d’alcool et je baiserais le plus de filles possibles. (Comme tous les autres êtres humains ?) Ba effectivement je pense qu’on est tous pareils, il y a rien de très original là-dedans.

Le morceau de la fin.

John Coltrane – My favorite things.

Pour fêter la sortie de l’album, le Klub des Loosers organise une release party ce samedi 1er juin au Nouveau Casino.